Mois : mars 2017

Résumé The Extended Mind: The Emergence of Language, the Human Mind, and Culture (Logan, 2007)

Récemment, dans le cadre d’un cours de doctorat, j’ai fait une présentation résumant les principaux points à retenir d’un livre intitulé The Extended Mind Model: The Emergence of Language, the Humind Mind, and Culture (2007). (Cliquez sur l’hyperlien pour consulter le Power Point de la présentation PowerPoint Logan (2007))

Dans ce livre, l’auteur, Robert K. Logan,  explore les diverses hypothèses mises de l’avant dans la communauté des linguistes pour expliquer l’émergence du langage verbal, en plus de formuler sa propre théorie en la matière. Celle-ci – le Extended Mind Model – postule que trois formes primitives de langage (protolangages) auraient présidé à l’avènement du langage verbal : la fabrication d’outils, l’intelligence sociale et la communication mimétique.

Le Extended Mind Model : des protolangages pré-verbaux au langage parlé

Pourquoi le premier langage, celui de la fabrication d’outils, apparaît-t-il ? Selon le Extended Mind Model de Logan (2007), ce langage manuel naît de l’abandon par nos ancêtres d’un mode de vie dans les arbres et de leur adaptation progressive à la vie terrestre. Cette nouvelle vie, en effet, est remplie de nouveaux dangers et défis auxquels les premiers Hommes répondent par la fabrication d’artéfacts pouvant leur servir à se nourrir et se défendre. Les objets découlant du langage de la fabrication d’outils donnent naissance, ensuite, à des activités (chasse, pêche, etc.) ou « inventions » (le feu) qui favorisent les interactions entre individus et un mode de vie grégaire. C’est alors qu’émerge la seconde forme de protolangage, à savoir l’intelligence sociale. Celle-ci est caractérisée par l’apparition de règles sociales censées préserver l’harmonie et la survie du groupe. Enfin, l’accroissement des interactions sociales contribue à l’avènement de la troisième forme de protolangage, la communication mimétique. Le besoin de mieux communiquer pour coordonner les activités de groupe amène nos ancêtres à utiliser leurs mains, les muscles de leur visage et leur corps tout entier comme médium de transmission des messages. Ils commencent également à vocaliser des sons.

Ainsi, la succession de ces trois protolangages aurait pavé la voie pour le langage verbal. Mais qu’est-il arrivé exactement pour que les Hommes opèrent la transition d’un langage essentiellement gestuel vers un langage verbal ? Dans son livre, Logan (2007) développe la thèse selon laquelle, au fil de l’évolution humaine, la pensée humaine cesse de graviter uniquement autour des percepts (i.e. pensées basées sur la perception directe des choses par les sens) pour s’enrichir progressivement de concepts (i.e. « abstract ideas that result from the generalization of particular examples », p. 42-43). Or l’avènement de la pensée conceptuelle met à mal les formes primitives de langage, qui sont incapables de gérer son accroissement et les idées de plus en plus abstraites qu’elle véhicule. Aussi une nouvelle forme de langage – le langage parlé – voit-il le jour pour pallier cette lacune. Et les premiers mots émergent pour agréger tous les percepts reliés à un concept (ex : le mot « eau » (le concept) pour décrire une variété de situations ou phénomènes où il y perception du phénomène « eau » (le percept) : l’eau de la pluie, l’eau des rivières, etc.).

Du langage parlé à Internet

Dans son livre, Logan propose également un modèle évolutif du langage annoté, à savoir un modèle expliquant les diverses variations qu’a connu le langage, des balbutiements de la parole jusqu’à aujourd’hui. À l’intérieur de ce continuum (model of the evolution of notated language), il identifie cinq modes de langage ayant découlé du « speech » (langage parlé) : l’écriture, les mathématiques, les sciences, l’informatique et l’Internet.

D’après l’auteur, ces cinq mutations ont émergé successivement à travers l’Histoire pour chaque fois pallier l’incapacité des langages antérieurs à gérer un trop-plein d’informations, d’abstraction et de pensée conceptuelle. En cela, le langage a évolué, non pas uniquement en fonction du besoin des êtres humains de mieux communiquer entre eux, mais aussi, en fonction de leurs besoins croissants de mieux emmagasiner et traiter l’information, ce que Logan appelle la fonction « informatique » du langage (informatics function of language). Ainsi, par exemple, l’écriture a permis d’enregistrer de manière durable et « transportable » les informations que la mémoire humaine ne pouvait plus contenir ; les mathématiques ont permis de procéder à des calculs complexes, impossibles à accomplir avec la seule écriture ; les sciences ont offert une méthode rigoureuse pour mieux schématiser la somme de connaissances née de l’écriture et des mathématiques ; l’informatique a permis d’effectuer des calculs mathématiques beaucoup plus complexes en beaucoup moins de temps; et l’Internet nous permet, de nos jours, une organisation et une diffusion extraordinaire de l’ensemble des connaissances ayant émergé des langages antérieurs.

S’agissant du « model of evolution of notated language » de Logan, six éléments sont à retenir :

  • 1) Chaque langage de la chaîne évolutive a amené avec lui de nouveaux éléments sémantiques et syntaxiques
    • Ex : L’écriture a créé le mot écrit (élément sémantique) et incité à la systématisation progressive de l’ordre des mots dans la phrase (élément syntaxique).
    • Ex : Les sciences ont créé de nouveaux termes – vélocité, moles, entropie, etc. (éléments sémantiques) – et offert la « méthode scientifique » – observations, généralisations, hypothèses, expérimentations (élément syntaxique) -, une suite logique et ordonnée d’actions pour appréhender les phénomènes.
    • Ex : Les outils pour le courriel ou pour le partage de fichiers (File Transfer Protocol), les pages Web, les sites de commerce en ligne, etc., représentent de nouveaux éléments sémantiques propres à Internet ; sur le plan syntaxique, l’Internet se caractérise par l’hypertexte, qui rend possible la mise en relation de pages Web entre elles, le protocole Internet (adresses ip), qui permet de connecter des ordinateurs entre eux et les moteurs de recherche, qui permettent d’agréger des pages Web.
  • 2) Mais chacun de ces langages doit aussi son existence aux formes de langage qui l’ont précédé. Par exemple, les sciences auraient été impossibles sans l’avènement de la parole, de l’écriture et des mathématiques.
  • 3) Chaque nouveau langage de la chaîne évolutive a permis d’exprimer une pensée plus abstraite et conceptuelle que les langages qui l’ont précédé.
  • 4) L’émergence de tous ces langages annotés a d’abord été motivée par le besoin de mieux traiter l’information. C’est seulement par après qu’une fonction de communication s’est greffée à ces langages.
  • 5) Au fil de l’évolution des langages annotés et de la complexification de la pensée conceptuelle, la fonction informatique du langage (traitement et stockage de l’information) a pris de plus en plus d’importance.
  • 6) Chaque nouveau langage, selon Logan, a modifié notre façon de penser et de voir le monde.

MIND = BRAIN + LANGUAGE + CULTURE

On ne saurait résumer ce livre sans insister sur ce point : pour Logan, la pensée conceptuelle, combinée à l’apparition du langage verbal, a donné naissance à l’esprit humain. De fait, l’auteur est d’avis que le cerveau n’était qu’une machine à traiter les percepts avant l’éclosion du langage parlé. C’est le langage parlé qui lui a véritablement permis d’accéder au niveau supérieur de la pensée abstraite et de la cognition, et d’imaginer le monde qui l’entoure au-delà de la simple perception des choses par les sens. C’est aussi le langage qui lui a permis d’étendre ses facultés au-delà de sa boîte crânienne. Enfin, c’est le langage qui a permis au cerveau de libérer l’intelligence humaine afin qu’elle puisse être diffusée dans le monde extérieur.

Cependant, Logan estime que le langage verbal n’est qu’un élément de l’équation dans l’avènement de l’esprit humain. Selon lui, le développement de l’esprit humain a aussi été façonné par la culture. Il tire cette conviction du fait que la culture a grandement contribué à l’émergence de la communication et des contenus symboliques dans les sociétés ; éléments qui ont poussé encore davantage l’esprit humain du côté de la pensée conceptuelle et l’ont éloigné d’autant d’un mode de pensée basé uniquement sur les percepts.

Aussi, dans les dernières pages de son livre, Logan postule-t-il cette formule : mind = brain + language + culture, affirmant ainsi que l’esprit humain constitue une extension du cerveau grâce à l’action combinée du langage et de la culture. L’évolution du langage, conclut-il, ne peut qu’être analysée que dans une perspective de coévolution avec la culture.

Références :

Logan, R. (2007). The extended mind model : the emergence of language, the human mind, and culture. University of Toronto Press Incorporated.

 

 

Book Review: Framed: media and the coverage of race in Canadian politics (Tolley, 2015)

Last Fall, I immersed myself in two books about the media representations of minorities in Canada – Discourses of denial: mediations of race, gender, and violence (Jiwani, 2006) and Framed: media and the coverage of race in Canadian politics (Tolley, 2015). The readings of both academic work proved to be extremely illuminating and satisfying, especially Framed. On the latter, I wrote a book review for one of my PhD courses that I here reproduce in an abridged version. 

While Canada’s ethnic composition is becoming increasingly diverse, its Parliament remains overly white notwithstanding. For many aspirant politicians of colour, the road to the House of Commons is still one paved with great impediments, among which the media representations they are victims of. This difficulty constitutes the object of Erin Tolley’s book Framed: media and the coverage of race in Canadian politics. Published by UBC Press, this book challenges the idea that media are colour-blind, by illustrating how Canadian news outlets articulate racialized framings that put visible minority politicians at a disadvantage. Specifically, it advances a “theory of racial mediation” according to which “politics are covered [by the media] in ways that reflect the dominant cultural norms, long-standing organizational practices, and the assumption of whiteness as a standard” (p. 29).

Underpinning every chapter is the theory of media framing, described in the book as the process whereby “elements [are] included, excluded, emphasized or downplayed when a story is reported on” (p. 18).

The first two chapters focus on a content analysis of the newspaper treatment of visible minority candidates during the 2008 federal election campaign. From it, Tolley concludes that their “coverage is systematically and substantively different from that of white candidates” (p. 21).  This differentiated coverage expresses itself through “racialization”, that is, media frames that insist on visible minority candidates’ differences with regard to the white norm. Tolley identifies three of those: the “socio-demographic” frame that overemphasizes their ethnic background (p. 39); the “political viability frame” that implies that they might be less electorally competitive (p. 40); and the “policy issue frame” that depicts them as being only competent to discuss issues like immigration, and not mainstream ones such as the economy (p. 41).

In the third chapter, Tolley addresses media representations of visible minority female politicians. To that end, she mobilizes intersectionality as a theoretical framework. Intersectionality refers to a “manner in which racism, patriarchy, class oppression and other discriminatory systems create background inequalities that structure the relative positions of women, race, ethnicities, classes and the like” (Crenshaw, 2000, p. 422). Relying on a newspaper content analysis of the coverage of non-white female MPs in Canada, Tolley notes that these politicians are the object of both racialized and gendered media representations that hold them to higher standards of morality. They are expected to be more devoted to their party than other MPs (“good girl” narrative), and embody the role of the hard-working immigrant who never complains (“good immigrant” narrative) (p. 114). For Tolley, the slightest digression to these stereotypes results in negative media coverage for minority women politicians.

The fourth chapter investigates whether Canadian politicians consider media as culpable of racialized framings, and race as an influential factor in electoral contests. This section is based upon interviews conducted by the author with both former and current MPs, and ex-candidates who never got elected. The data allows to see that most interviewees, regardless of their ethnicity, are satisfied with the media coverage received.  Nonetheless, visible minority respondents are more numerous to regret that the image reflected of them in articles or TV reportages is not “completely congruent with [their] self-representation”, the media’s image being more racialized than the “political narrative” they put forth (p. 162). In addition, the author notes that race seldom seems “to be a complicating factor” for white respondents, even for those seeking election in multicultural ridings (p. 160) Nor is it viewed by them as an element likely to influence voters’ choice in general. By contrast, visible minority respondents concede “struggl[ing] with their own racial background and how it might affect their electoral prospects” (p. 163). Overall, this chapter shows that media racialized framings go mostly unnoticed by white respondents, and are only partly acknowledged by visible minority interviewees.

The fifth chapter is a summary of interviews with Canadian journalists about what they think of the media’s job in representing visible minority politicians. Tolley notes from these that the “impact of race” on “news judgement, reporting and coverage” is completely “downplayed” by respondents (p. 23). Most of them are convinced that the “media’ commitment to fairness and accuracy” ensures that the coverage of politics is “colour-blind” (p. 23). This absence of self-reflection from journalists is probably the most surprising finding of the book.

The author concludes that these racialized framings are detrimental to minority candidates and politicians. They draw voters away from their competencies, undermine their credibility, and reinforce the prejudice according to which minorities might not belong to politics. More fundamentally, the author argues that these representations “serv[e] only to further normalize whiteness and reproduce racial disparities” (p. 189). In the end, Tolley confirms her theory of racial mediation.

Framed: media and the coverage of race in Canadian politics is a unique contribution to framing studies and political science. It is, arguably, the most complete book of its kind to ever address media representations of political candidates within the Canadian context. Framed also has the merit to put to the forefront the notion of race in Canada; a country that typically sees itself as a paragon of tolerance and where the word race is largely absent from public debates. In this regard, Framed shows how a country that prides itself with multiculturalism is, nonetheless, permeated with racialized representations modelled after white standards.  Framed succeeds in doing all this by adopting a nuanced stance that serves it well; a lack of nuance that proves problematic in other books. It is the case of Discourses of denial: mediations of race, gender and violence (Jiwani, 2006), an analysis of how minority women are victims of society’s systemic violence because of their gender and ethnicity. Its most interesting chapters pertain to the media coverage of judicial affairs involving female victims of colour.

Framed and Discourses share a kinship, due to their focus on racialized media framings and intersectionality. Unlike Discourses, though, Framed never goes as far as stating that “implicit and often unconscious acts of racialization” are just as racist as “blatant and overt acts premised on a feeling of racial superiority” (p. 6). Jiwani’s book (2006), conversely, assimilates media racialization to racism, with various degrees of success in persuading the reader of the racist nature of the examples provided. In the end, Tolley’s care in not ascribing conscious racist motives to media makes her argument more convincing.

Regarding the evidence contained in Framed, the exhaustiveness of the data (more than one thousand articles/interviews with a wide variety of respondents) and the clarity with which the author proceeds to the breakdown of her findings (written form/graphs) must be complimented. Also, it is worth mentioning the talent of the author in mobilizing the literature without weighing down the text. The literature covers notions of media framing, gendered mediation, racialized mediation, and intersectionality.

Further research on the subject might seek to make up for gaps in the book. For instance, the content analysis of minority candidates’ representations during the 2008 election campaign excludes articles from Quebec media. As such, there could be room for similar studies repeating the exercise in the context of French Canada, and drawing comparisons with English-language publications. Moreover, Tolley’s work does not extend to audio-visual news reports. A breakdown of how TV and radio cover minority politicians could give rise to a compelling work.

In sum, Framed: media and the coverage of race in Canadian politics is a must-read for scholars specialized in political science, journalism or cultural studies. And it is to be hoped that the reflection launched by Tolley shall reach beyond academic circles to appeal to members of the public. Framed is an invitation to all of us to call into question racialized framings, and ponder over our collective responsibility in their perpetuation.

Tolley, E. (2015). Framed: media and the coverage of race in Canadian politics. Vancouver, British Columbia: UBC Press, 264 pp., ISBN 9780774831246 (hard cover).   

Crenshaw, K. (2000). Dimensions of intersectional oppression. In C. Lemert (Ed.), Social Theory: The Multicultural, Global, and Classic Readings (6th edition) (pp. 421-424). Boulder: Westview Press.

Jiwani, Y. (2006). Discourses of denial: mediations of race, gender, and violence. Vancouver, British Columbia: UBC Press, 255 p.