Résumé The Extended Mind: The Emergence of Language, the Human Mind, and Culture (Logan, 2007)

Récemment, dans le cadre d’un cours de doctorat, j’ai fait une présentation résumant les principaux points à retenir d’un livre intitulé The Extended Mind Model: The Emergence of Language, the Humind Mind, and Culture (2007). (Cliquez sur l’hyperlien pour consulter le Power Point de la présentation PowerPoint Logan (2007))

Dans ce livre, l’auteur, Robert K. Logan,  explore les diverses hypothèses mises de l’avant dans la communauté des linguistes pour expliquer l’émergence du langage verbal, en plus de formuler sa propre théorie en la matière. Celle-ci – le Extended Mind Model – postule que trois formes primitives de langage (protolangages) auraient présidé à l’avènement du langage verbal : la fabrication d’outils, l’intelligence sociale et la communication mimétique.

Le Extended Mind Model : des protolangages pré-verbaux au langage parlé

Pourquoi le premier langage, celui de la fabrication d’outils, apparaît-t-il ? Selon le Extended Mind Model de Logan (2007), ce langage manuel naît de l’abandon par nos ancêtres d’un mode de vie dans les arbres et de leur adaptation progressive à la vie terrestre. Cette nouvelle vie, en effet, est remplie de nouveaux dangers et défis auxquels les premiers Hommes répondent par la fabrication d’artéfacts pouvant leur servir à se nourrir et se défendre. Les objets découlant du langage de la fabrication d’outils donnent naissance, ensuite, à des activités (chasse, pêche, etc.) ou « inventions » (le feu) qui favorisent les interactions entre individus et un mode de vie grégaire. C’est alors qu’émerge la seconde forme de protolangage, à savoir l’intelligence sociale. Celle-ci est caractérisée par l’apparition de règles sociales censées préserver l’harmonie et la survie du groupe. Enfin, l’accroissement des interactions sociales contribue à l’avènement de la troisième forme de protolangage, la communication mimétique. Le besoin de mieux communiquer pour coordonner les activités de groupe amène nos ancêtres à utiliser leurs mains, les muscles de leur visage et leur corps tout entier comme médium de transmission des messages. Ils commencent également à vocaliser des sons.

Ainsi, la succession de ces trois protolangages aurait pavé la voie pour le langage verbal. Mais qu’est-il arrivé exactement pour que les Hommes opèrent la transition d’un langage essentiellement gestuel vers un langage verbal ? Dans son livre, Logan (2007) développe la thèse selon laquelle, au fil de l’évolution humaine, la pensée humaine cesse de graviter uniquement autour des percepts (i.e. pensées basées sur la perception directe des choses par les sens) pour s’enrichir progressivement de concepts (i.e. « abstract ideas that result from the generalization of particular examples », p. 42-43). Or l’avènement de la pensée conceptuelle met à mal les formes primitives de langage, qui sont incapables de gérer son accroissement et les idées de plus en plus abstraites qu’elle véhicule. Aussi une nouvelle forme de langage – le langage parlé – voit-il le jour pour pallier cette lacune. Et les premiers mots émergent pour agréger tous les percepts reliés à un concept (ex : le mot « eau » (le concept) pour décrire une variété de situations ou phénomènes où il y perception du phénomène « eau » (le percept) : l’eau de la pluie, l’eau des rivières, etc.).

Du langage parlé à Internet

Dans son livre, Logan propose également un modèle évolutif du langage annoté, à savoir un modèle expliquant les diverses variations qu’a connu le langage, des balbutiements de la parole jusqu’à aujourd’hui. À l’intérieur de ce continuum (model of the evolution of notated language), il identifie cinq modes de langage ayant découlé du « speech » (langage parlé) : l’écriture, les mathématiques, les sciences, l’informatique et l’Internet.

D’après l’auteur, ces cinq mutations ont émergé successivement à travers l’Histoire pour chaque fois pallier l’incapacité des langages antérieurs à gérer un trop-plein d’informations, d’abstraction et de pensée conceptuelle. En cela, le langage a évolué, non pas uniquement en fonction du besoin des êtres humains de mieux communiquer entre eux, mais aussi, en fonction de leurs besoins croissants de mieux emmagasiner et traiter l’information, ce que Logan appelle la fonction « informatique » du langage (informatics function of language). Ainsi, par exemple, l’écriture a permis d’enregistrer de manière durable et « transportable » les informations que la mémoire humaine ne pouvait plus contenir ; les mathématiques ont permis de procéder à des calculs complexes, impossibles à accomplir avec la seule écriture ; les sciences ont offert une méthode rigoureuse pour mieux schématiser la somme de connaissances née de l’écriture et des mathématiques ; l’informatique a permis d’effectuer des calculs mathématiques beaucoup plus complexes en beaucoup moins de temps; et l’Internet nous permet, de nos jours, une organisation et une diffusion extraordinaire de l’ensemble des connaissances ayant émergé des langages antérieurs.

S’agissant du « model of evolution of notated language » de Logan, six éléments sont à retenir :

  • 1) Chaque langage de la chaîne évolutive a amené avec lui de nouveaux éléments sémantiques et syntaxiques
    • Ex : L’écriture a créé le mot écrit (élément sémantique) et incité à la systématisation progressive de l’ordre des mots dans la phrase (élément syntaxique).
    • Ex : Les sciences ont créé de nouveaux termes – vélocité, moles, entropie, etc. (éléments sémantiques) – et offert la « méthode scientifique » – observations, généralisations, hypothèses, expérimentations (élément syntaxique) -, une suite logique et ordonnée d’actions pour appréhender les phénomènes.
    • Ex : Les outils pour le courriel ou pour le partage de fichiers (File Transfer Protocol), les pages Web, les sites de commerce en ligne, etc., représentent de nouveaux éléments sémantiques propres à Internet ; sur le plan syntaxique, l’Internet se caractérise par l’hypertexte, qui rend possible la mise en relation de pages Web entre elles, le protocole Internet (adresses ip), qui permet de connecter des ordinateurs entre eux et les moteurs de recherche, qui permettent d’agréger des pages Web.
  • 2) Mais chacun de ces langages doit aussi son existence aux formes de langage qui l’ont précédé. Par exemple, les sciences auraient été impossibles sans l’avènement de la parole, de l’écriture et des mathématiques.
  • 3) Chaque nouveau langage de la chaîne évolutive a permis d’exprimer une pensée plus abstraite et conceptuelle que les langages qui l’ont précédé.
  • 4) L’émergence de tous ces langages annotés a d’abord été motivée par le besoin de mieux traiter l’information. C’est seulement par après qu’une fonction de communication s’est greffée à ces langages.
  • 5) Au fil de l’évolution des langages annotés et de la complexification de la pensée conceptuelle, la fonction informatique du langage (traitement et stockage de l’information) a pris de plus en plus d’importance.
  • 6) Chaque nouveau langage, selon Logan, a modifié notre façon de penser et de voir le monde.

MIND = BRAIN + LANGUAGE + CULTURE

On ne saurait résumer ce livre sans insister sur ce point : pour Logan, la pensée conceptuelle, combinée à l’apparition du langage verbal, a donné naissance à l’esprit humain. De fait, l’auteur est d’avis que le cerveau n’était qu’une machine à traiter les percepts avant l’éclosion du langage parlé. C’est le langage parlé qui lui a véritablement permis d’accéder au niveau supérieur de la pensée abstraite et de la cognition, et d’imaginer le monde qui l’entoure au-delà de la simple perception des choses par les sens. C’est aussi le langage qui lui a permis d’étendre ses facultés au-delà de sa boîte crânienne. Enfin, c’est le langage qui a permis au cerveau de libérer l’intelligence humaine afin qu’elle puisse être diffusée dans le monde extérieur.

Cependant, Logan estime que le langage verbal n’est qu’un élément de l’équation dans l’avènement de l’esprit humain. Selon lui, le développement de l’esprit humain a aussi été façonné par la culture. Il tire cette conviction du fait que la culture a grandement contribué à l’émergence de la communication et des contenus symboliques dans les sociétés ; éléments qui ont poussé encore davantage l’esprit humain du côté de la pensée conceptuelle et l’ont éloigné d’autant d’un mode de pensée basé uniquement sur les percepts.

Aussi, dans les dernières pages de son livre, Logan postule-t-il cette formule : mind = brain + language + culture, affirmant ainsi que l’esprit humain constitue une extension du cerveau grâce à l’action combinée du langage et de la culture. L’évolution du langage, conclut-il, ne peut qu’être analysée que dans une perspective de coévolution avec la culture.

Références :

Logan, R. (2007). The extended mind model : the emergence of language, the human mind, and culture. University of Toronto Press Incorporated.

 

 

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